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20 milliards d'espions connectés parmi nous

Pour la santé, les économies d’énergies ou le sport, les objets connectés promettent de nous simplifier la vie. Mais ils menacent aussi notre vie privée et notre sécurité en ligne selon les autorités de protection des données de 25 pays, qui tirent la sonnette d’alarme.

Imaginez un réfrigérateur qui commande les courses à notre place pour qu’on ne manque jamais de yaourts ou de jus d’orange. Ou encore, un radiateur qui chauffe davantage à partir du moment où l’on quitte son lieu de travail, pour que la température soit agréable quand on arrive à la maison, tout en ayant fait des économies d’énergie et de budget pendant la journée. Les sportifs, eux, adopteront les bracelets de mesure de l’effort et les maillots capables d’analyser la performance sur le terrain. Quel que soit la préoccupation, particulier ou professionnel, il existe un objet qui peut faciliter la vie, dès lors qu’on le connecte à Internet via un smartphone. Plus de 20 milliards d’objets connectés sont actifs à travers le monde depuis 2015, selon une étude de Cisco. Autrement dit, chaque jour dans le monde, il y a plus d’objets qui se connectent à Internet que de personnes ! Et d’ici à 2020, on devrait compter plus de 50 milliards d’objets connectés dans le monde. Mais l’essor de ces objets destinés à nous aider pose des questions de sécurité et de respect de la vie privée.

Une cible de choix pour les hackers

En mai dernier, un groupe de chercheurs de Microsoft et de l’Université du Michigan a montré de multiples failles de sécurité dans le dispositif de maison connectée de Samsung, SmartThings. Ils avaient alors averti que des hackers pourraient utiliser les vulnérabilités du système pour s’y introduire et prendre le contrôle des serrures connectées ou des détecteurs de fumée. Mais c’est le vendredi 21 octobre 2016 que l’ampleur de la faille de sécurité posée par les objets connectés s’est révélée. Ce jour-là, des pirates ont bloqué l’activité de plusieurs géants du Web, dont Twitter, Airbnb, Netflix, Amazon et Spotify, en lançant une attaque « DDoS », destinée à submerger des sites par de nombreuses demandes de connexion pour les rendre inaccessibles. Pour mener cette opération, ils ont conçu un programme malveillant, Mirai, capable de détourner des millions d’objets connectés de leur fonction pour les transformer en robots-soldats sur la toile. Des simples webcams et même des dispositifs pour surveiller le sommeil des bébés ont ainsi été détournés, selon le New York Times.

La plupart des objets connectés disponibles sur le marché sont peu sécurisés, tant au niveau du matériel que des applications et logiciels pour les activer. Mais au-delà de la sécurisation du réseau se pose l’enjeu de la collecte et de l’utilisation des données personnelles par ces objets. Le GPEN (Réseau mondial pour le respect de la vie privée) qui rassemble les autorités de protection des données de 25 pays, dont les États-Unis et la plupart des pays européens, a tiré la sonnette d’alarme en septembre dernier.

Des passoires à données personnelles

Pendant six mois, les chercheurs du GPEN ont passé au crible plus de 300 objets connectés de différentes marques, pour vérifier auprès des fabricants comment ils assurent le respect de la vie privée des utilisateurs. Leurs conclusions sont sans appel : près de 8 fabricants sur 10 n’ont pas su expliquer comment l’utilisateur pouvait effacer ses données de l’objet connecté ; 7 sur 10 n’ont pas été capables de préciser comment ces données étaient stockées ; 6 sur 10 ne sont pas parvenus à informer les consommateurs de l’utilisation faite de leurs données ; et enfin, 4 sur 10 ne fournissaient pas de contact au consommateur pour lui permettre de poser ses questions en matière de gestion des données.

Les objets connectés sont donc des espions dormants au coeur de notre quotidien. A commencer par les bracelets qui contrôlent notre état de forme et les montres intelligentes, qui sont les objets connectés les plus vendus en France (1,2 million d’exemplaires vendus en 2015, pour un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros selon l’Institut GfK). Jour après jour, ils récupèrent des informations sur nos déplacements, notre état de santé, nos préférences alimentaires… Pas de quoi regarder votre balance connectée de travers ? Détrompez-vous ! La collecte des données par les objets connectés ouvre la voie à de nouveaux marchés prometteurs… et qui pèsent lourd !

Un marché à 1200 milliards en 2020

Selon l’institut Gartner, les objets connectés feront économiser 1 milliard de dollars par an aux consommateurs et aux entreprises d’ici à 2022. Selon le cabinet IDC, les entreprises se ruent déjà sur les objets connectés, et ont dépensé 737 milliards de dollars (soit 685 milliards d’euros) en 2016, en croissance de 18% par rapport à 2015. Cette tendance devrait se maintenir, et le marché des objets connectés, pour les entreprises et les particuliers, atteindrait ainsi 1290 milliards de dollars (soit 1200 milliards d’euros) de chiffre d’affaires en 2020. Tous les secteurs sont concernés : du transport à l’énergie, en passant par les assurances. Apple a choisi pour sa part de concentrer ses efforts dans la santé, en s’associant à Watson, l’intelligence artificielle développée par IBM, à qui elle envoie les données de santé collectées sur les utilisateurs d’iWatch, de façon anonyme.

Face à cet engouement, les défenseurs de la vie privée militent pour une régulation rapide. Ils redoutent que nos objets connectés en disent trop et que les collecteurs de données les revendent à qui bon leur semble. Dans leurs pires cauchemars, cette fuite de données pourrait impacter l’attribution ou non d’un prêt, faire flamber le montant d’une police d’assurance ou empêcherait de décrocher un emploi. L’opinion publique se montre sensible à cette question. Lors d’une étude sur « l’état de la maison connectée » menée en 2015 par iControl, une majorité d’Américains se sont déclarés « préoccupés » (27%) ou « très préoccupés » (44%) par le respect de la vie privée dans une maison équipée de domotique.

Mais concrètement, comment contrôler la non-diffusion de chaque donnée dans le volume colossal produit quotidiennement ? La Federal Trade Commission, une agence non gouvernementale américaine, indique ainsi dans son rapport « Internet des objets : respect de la vie privée et sécurité dans un monde connecté » (2015) que 10.000 foyers connectés produisent 150 millions d’éléments de données… chaque jour ! Et l’invasion des objets connectés ne fait que commencer.

15.02.2017
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10 films et séries sur l'intelligence artificielle pendant les vacances

Notre sélection d’œuvres filmographiques pour découvrir ou redécouvrir les fantasmes et les avancées autour des androïdes et des algorithmes auto-apprenants pendant les vacances de Noël.

La réalité n’a pas encore (totalement) dépassé la fiction. Voici 10 films et séries pour explorer les problématiques liées à l’intelligence artificielle (IA) :

1 / Metropolis 1 : le classique qui a donné le « la »

Le pitch : Dans une ville futuriste où une classe aisée et oisive domine celle des travailleurs, un robot est utilisé pour prendre la place d’une ouvrière, Maria, et semer la discorde dans la communauté. Il finit brûlé sur un bucher.

Pourquoi le voir : Ce film de 1926 écrit et réalisé par Fritz Lang montre pour la première fois un robot humanoide au cinéma. Cet Androïde métallique aux courbes féminines a posé des bases esthétiques qui inspireront notamment le design de C-3PO dans Star Wars.

2 / 2001, odysée de l’espace 2 : l’IA, l’homme et les étoiles

Le pitch : Suite à la découverte d’un monolithe noir extraterrestre, une équipe d’astronautes part en mission vers Jupiter accompagnée d’une intelligence artificielle réputée infaillible : Hal 9000. Mais l’algorithme pensant doute de la finalité de la mission et… change l’ordre de ses priorités.

Pourquoi le voir : Le robot qui aide l’homme dans la conquête spatiale est un thème récurrent dans les fictions sur l’intelligence artificielle. Il illustre le but initial de la création de la machine pensante : permettre à l’être humain de dépasser ses limites et de réaliser des missions ambitieuses. Ce film de 1968 a été écrit par son réalisateur, l’américain Stanley Kubrick, et le futurologue britannique Arthur Charles Clarke. Pour la première fois, une intelligence artificielle non humanoïde est mise en scène.

Alternative : Interstellar 3 (par Christopher Nolan en 2014), qui présente la même quête spatiale mais qui met en scène une intelligence artificielle bienveillante envers les humains. Dans la saga Star Wars 4, certains robots sont ennemis et d’autres alliés des héros humains. A voir depuis la trilogie initiale (par George Lucas dès 1977) jusqu’à l’épisode 8 (diffusé pour la première fois à Los Angeles le 10 décembre 2017).

3 / Matrix 5 : notre futur dans un siècle ?

Le pitch : Un pirate informatique cherche à libérer l’humanité de l’emprise d’une intelligence artificielle et de ses agents tueurs. Cet algorithme pensant, omnipotent et destructeur veut maintenir les humains dans une illusion de réalité, la Matrice, pour mieux les contrôler.

Pourquoi le voir : La trilogie de Lana et Lilly Wachowski (1999 puis 2003) donne une représentation imagée de ce qu’est un « réseau de neurones » artificiels. Il souligne la puissance d’une machine pensante connectée au réseau. Ce film a été cité comme exemple par le docteur Laurent Alexandre, essayiste spécialiste de l’intelligence artificielle, lors d’une allocution devant le Sénat en janvier 2017 : selon lui, sans régulation politique, « dans un siècle, on a Matrix ».

Alternative : Terminator 2 6 (James Cameron, 1991) représente également un monde rempli de machines tueuses, dirigées par une intelligence artificielle misanthrope appelée Skynet.

4 / Ex Machina 7 : de la conscience chez les robots

Le pitch : Un programmeur informatique est sélectionné par un riche et brillant ingénieur vivant reclus afin de venir tester les capacités de sa dernière création, une Androïde nommée Ava.

Pourquoi le voir : Ce film met en scène une intelligence artificielle forte, c’est-à-dire douée de raisonnement mais aussi d’émotions et de conscience. Il permet également de comprendre ce qu’est le test de Turing, élaboré par l’Anglais Alan Turing en 1950, qui est la référence pour évaluer l’intelligence d’une machine. Ce test a été réussi pour la première fois par un algorithme autoapprenant du Massachusetts Institute of Technology en 2016.

Alternatives : Adapté d’une nouvelle de science-fiction de Philip K. Dick, Blade Runner 8, le film de Ridley Scott sorti en 1982, illustre également le test de Turing. La suite de ce classique, Blade Runner 2049 9, est sortie sur les écrans en France en octobre dernier. Les saisons 3 et 4 de Marvel : Agents of S.H.I.E.L.D. 10 illustrent également l’émergence de la conscience chez une androïde, Aida.

5 / L’Homme bicentenaire 11 : le robot qui voulait devenir humain

Le pitch : Andrew, un robot domestique au service de la famille Martin depuis 200 ans, développe des sentiments et aspire à la liberté.

Pourquoi le voir : Ce film de Chris Colombus datant de 1999 est adapté d’un roman d’Isaac Asimov, qui défend la vision d’un robot intelligent et non menaçant. Il explore la différence entre la machine et l’homme.

Alternative : A.I. : Intelligence artificielle 12 (Steven Spielberg, 2001), dont le héros est un robot en quête de son identité après avoir été abandonné par sa famille adoptive.

6 / Wall-E 13 : l’intelligence artificielle expliquée aux enfants

Le pitch : En 2805, un robot compacteur de déchets est envoyé sur la Terre désertée car polluée. Il apprend les émotions en rencontrant un autre robot EVE, dont il tombe amoureux.

Pourquoi le voir : Ce film de Disney sorti en salles en 2008 illustre la capacité d’apprentissage du robot, voire sa capacité émotionnelle. Capable de reprogrammer son code informatique tout seul, Wall-E est une intelligence artificielle forte, qui ouvrirait l’ère de la singularité technologique (où les robots pourraient s’affranchir des hommes).

Alternative : Chappie 14, le robot qui cherche à s’émanciper après avoir découvert les intentions réelles de sa « famille », un gang sans scrupule.

7 / Real Humans 15 : la question des droits des robots

Le pitch : Dans un monde parallèle, les robots humanoïdes partagent le quotidien des humains : ils font les tâches ménagères, gardent les enfants, se marient. La question de leurs droits est mise en débat.

Pourquoi le voir : La série de Lars Lundström (de 2012 à 2014) interroge sur la reconnaissance et le statut de la machine quand ses compétences égalent celles de l’homme. Or, pour la première fois en 2017, le Parlement européen a émis des recommandations sur le droit civil de la robotique, et le robot Sophia, de Hanson Robotics, est devenue citoyenne d’Arabie Saoudite.

Alternative : La série Westworld 16 (Jonathan Nolan, depuis 2016) explore la même question en mettant en scène un parc de loisirs où les visiteurs humains paient pour maltraiter des robots, jusqu’à leur rebellion.

8 / Her 17 : l’IA comme partenaire idéal

Le pitch : Dans un futur aseptisé, un homme solitaire noue une relation sentimentale avec le système d’exploitation qui contrôle ses objets connectés, son smartphone et son ordinateur.

Pourquoi le voir : C’est en découvrant la technologie des chatbots (ou robots conversationnels) que le réalisateur Spike Jonze a eu l’idée de ce film, sorti en 2014, qui explore les bouleversements phycho-affectifs engendrés par les robots. Selon un sondage Havas publié le 10 décembre dernier, 27% des jeunes de 18 à 24 ans se disent prêts à nouer une relation romantique avec un robot dans l’avenir. Mais que se passe-t-il quand on tombe amoureux d’une machine ?

Alternative : « Be right back », l’épisode 1 de la saison 2 de la série Black Mirror 18 (2013), explore la relation qu’une femme en deuil noue avec le clone virtuel de son mari. Dans la réalité, une telle duplication de l’être aimé est actuellement expérimentée aux Etats-Unis.

9 / Person of interest 19 : quand une IA dématérialisée exerce un contrôle politique

Le pitch : Une intelligence artificielle prédit des crimes et avertit un groupe de justiciers anonymes qui s’efforcent de les empêcher. L’algorithme ne précise pas si la personne qu’elle mentionne est la victime ou l’agresseur.

Pourquoi le voir : Cette série met en scène l’ubiquité d’une intelligence artificielle connectée à Internet. Capable de reconnaître un visage dans la foule, le système de surveillance des rues mis en place en Chine en septembre dernier n’est pas sans rappeler l’intrigue de cette série.

10 / Sunspring 20 : un film écrit par une intelligence artificielle

Le pitch : Dans un monde futuriste, trois personnages se débattent avec des histoires d’amour et de meurtre.

Pourquoi le voir : Pour se faire un avis sur le potentiel artistique actuel d’une intelligence artificielle. Le réalisateur Oscar Sharp a travaillé avec le chercheur Ross Goodwing pour tourner ce court-métrage (2016) écrit par une IA ayant choisi de se faire appeler « Benjamin ».

Alternative : La saison 8 de Game of Thrones 21. Il se murmure que les scénaristes ont fait appel à des algorithmes apprenants pour écrire l’ultime saison de cette série, qui devrait être diffusée en 2019.


1 https://www.senscritique.com/film/Metropolis/497318

2 https://www.senscritique.com/film/2001_L_Odyssee_de_l_espace/475251

3 https://www.senscritique.com/film/Interstellar/388583

4 https://www.senscritique.com/groupe/Star_Wars_univers/197

5 https://www.senscritique.com/groupe/Matrix/692

6 https://www.senscritique.com/film/Terminator_2_Le_Jugement_dernier/492468

7 https://www.senscritique.com/film/Ex_Machina/10713376

8 https://www.senscritique.com/film/Blade_Runner/494050

9 https://www.senscritique.com/film/Blade_Runner_2049/7938578

10 https://www.senscritique.com/serie/Marvel_Les_Agents_du_S_H_I_E_L_D/7938819

11 https://www.senscritique.com/film/L_Homme_bicentenaire/381150

12 https://www.senscritique.com/film/A_I_Intelligence_Artificielle/451969

13 https://www.senscritique.com/film/Wall_E/362753

14 https://www.senscritique.com/film/Chappie/8822817

15 https://www.senscritique.com/serie/Real_Humans/405056

16 https://www.senscritique.com/serie/Westworld/16047783

17 https://www.senscritique.com/film/Her/1301677

18 https://www.senscritique.com/serie/Black_Mirror/438579

19 https://www.senscritique.com/serie/Person_of_Interest/448507

20 https://www.senscritique.com/film/Sunspring/21549634

21 https://www.senscritique.com/serie/Game_of_Thrones/225391

15.12.2017
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Article

Administration en ligne et fracture numérique : où en sommes-nous ?

En France, les services publics jouent un rôle essentiel : ils sont nécessaires pour assurer l’accès aux droits, entretiennent un lien social de chacun avec l’État, et garantissent une certaine égalité entre les citoyens. Seulement aujourd’hui, 25 % des Français se sentent délaissés par l’administration.

La dématérialisation des services publics est-elle un calvaire pour les personnes les moins connectées ? Ce constat de la Défenseur des droits Claire Hédon, lorsqu’elle prend la parole au micro de France Inter en février 2022, relance le débat. L’administration en ligne a simplifié les démarches, tout en créant des obstacles.

Ce passage au tout-digital présente des bénéfices incontestables en termes de gain de temps, de process et d’accès aux informations.

L’équipement en outils numériques et l’habitude d’utilisation progresse aussi : nous sommes plus équipés en smartphones (84 %) et en tablettes (56 %). Le nombre d’internautes augmente également, avec 85 % des foyers équipés d’internet à domicile.

La gestion des tâches administratives est devenue plus simple au fil des années, à condition bien sûr de savoir comment s’y prendre. En 2019, le rapport intitulé Dématérialisation et inégalités d’accès aux services publics pointait déjà les risques du passage à la gestion 100 % en ligne des 250 démarches existantes. Et malgré les actions entreprises pour y pallier, le nombre d’alertes et de réclamations liées à la dématérialisation ne baisse pas.

En effet, la dématérialisation s’effectue parfois au détriment des personnes ayant peu d’accès aux outils et aux connaissances numériques nécessaires. Que ce soit pour mettre à jour sa situation auprès du service des impôts, faire valoir ses droits auprès de Pôle emploi, ou réclamer sa pension de retraite.

Malheureusement, les personnes qui rencontrent des difficultés importantes sont souvent celles qui ont les plus besoin d’aide :

  • les personnes âgées, encore éloignées du numérique ;
  • les personnes en situation de handicap (en 2019, seuls 5 % des sites internet publics étaient accessibles) ;
  • une partie des jeunes, peu formés à la gestion administrative et pas toujours connectés ;
  • les populations isolées, en situation de précarité sociale.

L’administration s’est éloignée de sa population

De nombreux citoyens isolés ne sont pas suffisamment formés ni informés à la transition numérique administrative. Ce qui, au fur et à mesure, les entraîne dans un cercle vicieux. En effet, les services publics ont de plus en plus tendance à fermer leurs antennes locales et à couper, ce faisant, la population d’un contact humain parfois nécessaire pour les accompagner dans l’accomplissement de leurs démarches. Ce qui, en toute logique, déconnecte encore plus les personnes qui n’ont pas encore adopté ces nouvelles pratiques, puisqu’elles ne savent pas à qui s’adresser.

Un inversement des rôles pouvant être problématique

Le sentiment général est que la logique s’inverse. Certaines responsabilités administratives, auparavant assurées par les services publics, ont changé de main. C’est désormais au citoyen de s’adapter aux demandes de l’État et des collectivités en effectuant la plupart des tâches de façon autonome. En outre, pour pallier le recul de l’intervention publique, ce sont souvent des associations et autres collectifs qui prennent le relai pour accompagner la population frappée d’illectronisme et ainsi éloignée des services publics.

La jeunesse n’est pas épargnée par cette fracture numérique

Souvent réputés être des “digital natives”, 1 jeune sur 4 (18-24 ans) déclare pourtant avoir du mal à effectuer ses démarches en ligne. Être autonome pour gérer sa vie administrative exige plusieurs conditions :

  • avoir un accès facile à un équipement informatique fonctionnel (ordinateur, imprimante, scanner) ;
  • disposer d’une connexion internet suffisante pour interagir avec les sites publics et communiquer des pièces jointes ;
  • maîtriser le fonctionnement du web ;
  • comprendre ce qui est attendu de l’usager dans le cadre des démarches administratives.

Bien plus connectés en moyenne que leurs aînés, les jeunes peuvent toutefois se retrouver en difficulté face à l’administration en ligne. Nous sommes loin du cliché sur les publics ayant le plus de difficultés avec le numérique. Cette forme d’illectronisme se produit surtout quand les moins de 25 ans ont pour tâche de réaliser leurs démarches en ligne sans leurs parents, et sans bénéficier d’une autre forme d’accompagnement humain.

Pour eux aussi, le lien direct reste bien souvent la solution la plus efficace pour répondre à leurs besoins. Le guichet traditionnel et la consultation téléphonique permettent de vraiment personnaliser la réponse attendue suite à une explication exhaustive de leur situation.

Demandeuse de formation à l’administration numérique, la jeunesse française peut toutefois compter sur des dispositifs ciblés comme la plateforme “un jeune - une solution” : un accompagnement pour bien déclarer son premier logement et se renseigner sur les aides disponibles.

La Défenseure des droits recommande par ailleurs de former les jeunes au “numérique du quotidien” dès le lycée, et de faciliter leurs démarches depuis un point d’entrée unique.

Des solutions existent pour faciliter cette transition

France Services et ses conseillers numériques
La transformation des Maisons des services au public (MSaP) en espaces France Services depuis 2020 par le Ministère de la Cohésion des Territoires vient combler le manque d’interactions interpersonnelles.

Bien que les guichets des services publics comme la CAF ou la Caisse des Retraites continuent de fermer sur tout le territoire, de nouveaux points de contact se créent. Le plus souvent sous forme de “maisons”, parfois de bus itinérants, dédiés à l’accueil physique des usagers.
Leur principal objectif est de permettre d’effectuer des démarches directement sur place, peu importe le service concerné (Justice, Finances Publiques, Protection sociale, Pôle Emploi, etc.). Cette action concrète promet aux Français de pouvoir être aidés par un agent territorial à moins de 30 minutes de chez eux. Il existe à l’heure actuelle près de 3000 points de contact France services dans le pays et 4000 conseillers numériques disponibles pour aider les usagers à devenir autonome dans leurs usages numériques.

Aidants Connect : « faire pour le compte de » en toute sécurité
La devise “faire pour le compte de” affichée sur le site web est on ne peut plus claire : il sera bientôt possible d’accompagner les personnes en difficulté avec le numérique en effectuant des démarches à leur place.

Développé par l’Agence nationale de la cohésion des territoires, Aidants Connect permettra à des aidants habilités (via un dispositif d’identification France Connect) de réaliser des tâches administratives en ligne de manière légale et sécurisée pour le compte de personnes en difficulté avec les outils numériques.

Le milieu associatif prend le relais
Ce report des charges administratives sur l’usager parfois livré à lui-même a poussé des associations à suppléer le service public. C’est le cas par exemple des Astroliens qui fait découvrir le numérique à des personnes âgées fragilisées.

Leur mission : permettre à nos aînés de conserver et regagner de l’autonomie en proposant aux 16-40 ans d’animer des ateliers numériques au sein de la mairie du XIIIè arrondissement de Paris.

N’oublions pas également le rôle joué par une association comme Emmaüs Connect, l’une des premières structures françaises à lutter contre l’exclusion numérique dans le pays. Après un diagnostic numérique, visant à évaluer le niveau de compétences numériques de l’individu, un parcours d’accompagnement sur mesure est défini. Le bénéficiaire se verra également proposer des offres solidaires afin d’accéder à des outils numériques à des prix adaptés aux budgets les plus modestes.

En dehors des villes, c’est l’association Familles Rurales qui prend le relais, en déployant 100 points de médiation numérique dans les territoires ruraux. Leur devise : “Aller là où internet ne parvient pas et rendre autonomes et avertis les laissés pour compte du digital !”.

Conclusion

Favoriser l’inclusion numérique est un véritable enjeu social en France. Malgré des progrès et une volonté politique d’améliorer les choses, la disparition continue des services publics sur une grande partie du territoire semble encore trop précoce pour assurer une transition fluide.
Jeunes, âgés, démunis ou isolés : peu importe sa situation, chaque citoyen devrait pouvoir prétendre à l’égalité concernant l’accès aux démarches administratives et plus largement, aux services publics.

Au vu des récents rapports publiés, les enjeux des années à venir sur l’efficacité de la politique d’inclusion numérique devraient concerner en priorité l’amélioration des procédures dématérialisées. De nombreuses mesures sont proposées dans cette direction, en particulier pour les populations actuellement les plus pénalisées par ces nouveaux usages.

Il semble aussi pertinent de retourner à un fonctionnement laissant la possibilité de choisir son mode d’interaction avec les administrations, qu’il soit physique ou numérique. Ainsi, le service public s’adapte mieux aux besoins et aux réalités des usagers, et non l’inverse. Il s’agit là de revenir aux fondements du service public basé sur de grands principes que sont l’adaptabilité et l’égalité.

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Pour travailler, apprendre et s’informer, se divertir, échanger avec ses proches…le numérique est désormais incontournable.

Résultat : on estime qu’entre 3 et 4 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales sont le résultat de nos activités numériques.

Et ce n’est pas un hasard ! Sur l’ensemble du cycle de vie de nos appareils électroniques, incluant leur fabrication, leur utilisation et leur fin de vie, l’activité des centres de données et des réseaux…chaque Français produirait l’équivalent de 300 kg de déchets chaque année.

Alors, comment concilier nos vies numériques à nos aspirations écologiques ? Comment prolonger au maximum la durée de vie de nos équipements numériques, et réduire notre consommation d’énergie ?

Nous vous proposons 10 gestes simples à mettre en œuvre pour réduire votre empreinte carbone numérique. Suivez le guide !


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